Les grands Prof de LLG: Jacques BOUTIGNY (1933-2009)
Jacques BOUTIGNY (1933-2009)
Monsieur Boutigny est inscrit au Panthéon des grands professeurs de physique des classes de Mathématiques Spéciales. Fondateur de la première classe P' en 1973 à LLG (XP'1) il a formé des générations de taupins qui ont intégré les meilleures écoles dans cette filière P'. Tous se souviennent de son célèbre manuel de physique "Annequin Boutigny", de la fulgurance de son enseignement de la science physique, mais aussi de sa grande humanité et de son attention à ses élèves. Son fils Claude Boutigny a eu la gentillesse de préparer une biographie de son père, que nous retranscrivons ci-dessous.
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Études
École primaire communale (de CP à CM2), de 1939 à 1945.

Il naît le 3 septembre 1933 dans un logement du personnel de la sucrerie de Souppes-sur-Loing (77) où son père Henri tient un emploi d'ouvrier. Sa mère Louise fait les ménages chez des habitants du bourg. Il est un excellent élève de l'école publique.
Cours complémentaire (de 6ème à 3ème), de 1945 à 1949.
Henri et Louise sont issus de familles d'agriculteurs des environs de Gisors (27). En 1945, Henri trouve un emploi à Saint-Marcel (27), près de Vernon comme ouvrier électricien dans une usine de chaussures (Bata). Il est destiné à suivre les pas de son père à l'usine. Mais ses instituteurs lui suggèrent d'autres pistes…
École normale d'instituteurs (de 2de à Terminale), de 1949 à 1952.


Il réussit le concours d'entrée à l'ENI d'Évreux et obtient une bourse pour les études et l'internat. Il rentre à vélo chaque fin de semaine chez ses parents et sa petite sœur, née en 1948. L'été, il est moniteur de colonies de vacances dans l'Isère avec l'UFOVAL. Eu égard à ses résultats, ses instituteurs lui conseillent de candidater pour le concours d'entrée à l'ENS. Il doit au préalable obtenir le baccalauréat Mathématiques élémentaires. Pour cela, il est autorisé à suivre les cours dans le lycée du centre-ville. C'est un « autre monde » où il est accueilli plutôt froidement, ce qui ne l'empêche pas de remporter tous les prix. Il est le seul de la classe à être présenté au Concours général. En revanche, son professeur de sciences s'oppose à ce qu'il reçoive le prix d'excellence…
École normale supérieure de Saint-Cloud, premier volet : classes préparatoires au lycée Saint-Louis à Paris, de 1952 à 1954.
La « math sup » (52-53) et la « math spé » (53-54) qu'il suit dans ce lycée sont spécialement réservées aux élèves boursiers qui préparent le concours d'entrée à l'École Normale Supérieure de Saint-Cloud. Le « cloutard » Jacques réussit le concours d'entrée à l'ENS en juin 1954 et devient ainsi « cloutier ».
École normale supérieure de Saint-Cloud, second volet : la Faculté des sciences de l'Université, licence et diplôme d'études supérieures, de 1954 à 1957.

Au terme de ses études à l'ENS, il est titulaire du grade de licence es-science, en juillet 1956. Il épouse Geneviève le même mois, et un an plus tard naît le premier fils. Il s'inscrit à la Faculté des sciences de Paris pour y préparer le Diplôme d'études supérieures qu'il décroche le 12 juin 1957.
Agrégation de sciences physiques en 1958.
Il prépare l'agrégation dans son minuscule bureau de la maisonnette achetée en viager à Saint-Cyr-l'École (78). Il est admis 10e sur 56.
Obtention du diplôme d'études supérieures de la faculté des sciences de Paris à l'ENS de Saint-Cloud. L'appréciation : « Un travail de physique sur l'utilisation de l'éphimètre de Képès à l'étude du vieillissement de certaines matières plastiques et justifie de connaissances approfondies en résonnance paramagnétique électronique ».
Carrière et prolongements
Service militaire et premiers postes (1958-1965)
Il est nommé professeur en mathématiques supérieures au lycée Chaptal de Paris où il enseigne deux années scolaires (58-59 et 59-60). En 1959, naît le second fils. En 1960, il est nommé provisoirement au lycée Buffon de Paris, de septembre à novembre, en attente du service militaire, qu'il effectue au fort d'Aubervilliers dans le Service Technique des Armées, chargé de mesurer la radioactivité induite par les explosions et leurs effets. Rendu à la vie civile en septembre 1962, il est nommé au lycée Saint-Louis de Paris en classe de mathématiques supérieures où il exerce deux années (62-63, 63-64). Pour la rentrée 1964, il est nommé au lycée Henri IV de Paris en classe de mathématiques spéciales. L'année suivante, il est muté au lycée Louis-le-Grand de Paris en classe de mathématiques spéciales A'.
Lycée Louis-le-Grand (1965-1993)

1967. Il est promu au grade de chaire supérieure.
1973. Création d'une section « P' », que l'on pourrait qualifier de « section d'élite pour physiciens ». Auparavant, il existait dans les prépas scientifiques, les sections « M » et « M' » pour la dominante Mathématiques, mais seulement la section « P » pour la dominante Physique-Chimie. C'est une promotion pour la discipline des sciences physiques. Il est pressenti pour avoir cette classe, la « P'1 », qu'il ne quitte qu'au moment de faire valoir ses droits à la retraite en juin 1993.

1983. Il est promu officier dans l'ordre des Palmes académiques pour services rendus à l'Éducation nationale.
1987. Il succède à Pierre Provost et devient responsable du laboratoire de physique, outre l'enseignement de la « P'1 ». La tâche est importante, d'autant plus que la période correspond avec celle de la rénovation du lycée.
Autres activités professionnelles (1963-1996)
Les livres aux éditions Vuibert

De 1972 à 1996, il rédige une trentaine d'ouvrages sur le programme des classes de mathématiques supérieures et spéciales en sciences physiques qui paraissent aux éditions de la Libraire Vuibert (Paris). Il est aussi directeur de collection chez le même éditeur. Il profite des longs séjours en juillet et en août à la Tour Saint-Martin (34) pour rédiger ses manuscrits, après le jardinage ou l'édification de murets en pierre sèche le matin à la fraîche et une courte sieste.
Les jurys de concours
Il est sollicité pour faire partie des jurys de concours dès sa première année scolaire d'enseignement, 1962-1963. À partir de 1974, il demande de ne plus en faire partie, car il considère que le fait d'être un auteur d'ouvrages utilisés par les candidats est incompatible avec la charge de membre du jury. On lui propose de rejoindre l'Inspection générale, mais il refuse, préférant selon ses propres paroles « faire la classe » plutôt que « faire la pluie et le beau temps ».
L'Union des professeurs de spéciales

Il en est le secrétaire général de 1975 à 1985. L'UPS, association loi de 1901, a pour missions de « promouvoir un enseignement de qualité dans les classes préparatoires scientifiques de l'enseignement public », de « défendre les intérêts moraux et matériels des professeurs » de ces classes, de veiller sur les concours nationaux auxquels ils préparent leurs étudiants. L'association entretient par ailleurs des relations avec les grandes écoles, et développe la communication entre ses membres et les « autres acteurs de l'enseignement et de la recherche ».
Le musée scientifique du LLG


Il est le vice-président de l'Association des Amis du Musée Scientifique du Lycée Louis-le-Grand (A.M.S.L.L.G.) dès sa création en 1972 par Pierre Provost, puis le trésorier jusqu'en 2009.
La fondation Georges Besse
Elle a pour vocation d'aider de très bons élèves scientifiques, confrontés à de sérieuses difficultés matérielles, à mener à bien leurs études d'ingénieur. Il fait partie du Comité de sélection, de 2000 à 2009.
Le Syndicat national des enseignements de second degré

Même en retraite, il reste un fidèle militant du SNES, qui s'attache à faire valoir les idées et valeurs auxquelles il adhère. Cette activité syndicale l'amène à siéger dans de nombreuses instances, dont le Conseil de l'Enseignement Général et Technique et le Conseil Supérieur de l'Éducation nationale. Il participe aussi à la commission Lagarrigue, destinée à réfléchir et à expérimenter de nouveaux programmes en sciences. Une anecdote : il représente l'UPS et le SNES-SUP au ministère de l'Éducation nationale pour réclamer des moyens supplémentaires et il est reçu par le directeur de cabinet du ministre… Qui n'est autre qu'un ancien élève !

Et d'autres activités et responsabilités encore
Il est élu dans différents conseils d'administration de Grandes écoles, à Paris et en province. Il participe à de nombreux colloques à travers la France, mais aussi à l'étranger. Il est adhérent à l'association des élèves et anciens élèves des Écoles normales supérieures.
Les activités hors du domaine professionnel
La mairie

En 1977, Jean Cuguen, maire PCF (Parti communiste français) de Saint-Cyr-l'École depuis 1953, le sollicite pour entrer dans la liste des prochaines élections municipales en tant que personnalité locale proche de l'Union de la Gauche. Jusqu'en 1995 et durant les trois mandats, il exerce la fonction de maire adjoint délégué aux finances.
L'amicale laïque
De 1969 à 1973, il est président de l'association des parents d'élèves du collège, affiliée à la fédération Cornec, actuellement, FCPE (Fédération des conseils de parents d'élèves). Dans la continuité de son engagement pour une éducation populaire, il accepte en 1975 la présidence de l'amicale laïque de Saint-Cyr-l'École, association qui gère et organise des activités péri-éducatives de la ville de 17 000 habitants. Au début des années 2000, le bureau de l'amicale monte un dossier pour proposer sa nomination dans la Légion d'honneur. Alors qu'il avait toutes les chances de l'obtenir, il refuse, car s'il avait accepté, il aurait dû serrer la main du président de la République de l'époque, Jacques Chirac… Il assure la présidence active de l'amicale laïque jusqu'à ce funeste jour du 28 août 2009 où il s'écroule pour ne plus se relever, en pleine réunion du bureau de l'association.

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