Les grands Prof de LLG : Pierre PROVOST (1922 – 2006)
Pierre PROVOST (1922 – 2006)
Au premier rang, quatrième à droite sur cette photo de 1966-67, Pierre Provost a créé en 1972 le musée scientifique du lycée LLG qui porte désormais son nom.
Geneviève Martin et Jacques Boutigny nous rappellent ci-dessous qui était ce grand Prof qui voyait dans la physique une science mais aussi une base culturelle fondamentale.
La carrière enseignante.
Pierre PROVOST est né le 12 juillet 1922 à ENGLESQUEVILLE LA PERCÉE (Calvados), dans une famille bien modeste, sa mère « tenant » l'épicerie - café du village. L'École Publique le conduit rapidement au Cours Complémentaire d'Isigny, puis à l'École Normale d'Instituteurs de Caen. En 1940, les deux Écoles Normales de cette ville sont délocalisées à Arromanches, ce qui permet à Pierre de rencontrer Yvette, sa future épouse ; ils se marieront très rapidement et auront deux fils, Jean-Pierre et Ariel, tout en poursuivant leurs études.
Brevet Supérieur acquis, il est nommé instituteur à Trouville. En dépit de la difficulté à se déplacer à cette époque bien particulière, il s'inscrit à l'Université de Caen, où il se rend tous les jeudis à bicyclette, ce qui représente 90 km aller et retour dans la journée ! La licence de Physique est acquise en 1944, et il est alors nommé « adjoint d'enseignement » au lycée de Deauville. La titularisation l'amène ensuite, avec Yvette son épouse, dans des collèges du département du Nord (Valenciennes et Douai).
Ils se mettent alors à préparer l'Agrégation, que Mme Provost obtiendra en 1948 et lui-même, sous l'incitation et avec les encouragements de son épouse, en 1949 avec le rang de cinquième, de façon quasi autodidacte, tout en fondant une famille à une époque où tout manquait et où rien ne fonctionnait correctement. C'était ultérieurement l'une de ses fiertés que de se présenter toujours comme "un autodidacte" - et pourtant sa vie professionnelle fut consacrée à l'enseignement !
La suite fut plus facile : lycée Faidherbe (classe de préparation à l'INA) à Lille dès 1949, lycée Lavoisier à Paris, en 1953 (classe de préparation à l'École de Physique et Chimie) et lycée Louis le Grand en 1963 en Spéciale A. Il fit entrer de très nombreux élèves à Polytechnique et à Normale Sup, au nombre desquels ses deux fils, devenus depuis universitaires, l'aîné physicien, le cadet chimiste. Il devint très rapidement responsable du laboratoire de Physique et Chimie, et le resta jusqu'à sa retraite. En 1973, lors de la création de la section P', qui donnait à la physique ses "lettres de noblesse" en ouvrant en particulier le concours P' à l'École Polytechnique, il n'hésita pas à abandonner sa Spéciale A' pour une Spéciale P' où il officiera jusqu'en 1987, année où il prit sa retraite non sans regret, « rayé des cadres » pour avoir « atteint la limite d'âge ».
Le physicien militant
Dès 1963, Pierre Provost a collaboré à une collection de manuels de Physique et Chimie édités chez Masson, les « JOYAL et PROVOST » ; ensuite il rédigea seul les multiples éditions suivantes, mises à jour en fonction du renouvellement des concepts ou des programmes. Ces ouvrages étaient bien connus des élèves de prépa, tout comme des candidats à l'Agrégation ou au CAPES, concours au jury duquel il avait appartenu dès son arrivée à Paris ; quant à celui de l'Agrégation, en dépit des sollicitations des présidents, il refusa toujours, par modestie, de siéger à son jury.
Pierre Provost a été, pendant de longues années, président de la section académique de Paris de l'Union des Physiciens. Les réunions pédagogiques du mercredi après-midi donnaient lieu à de francs débats sur la pertinence des questions de cours au baccalauréat, la forme idéale du problème de physique à un examen ou encore la prise en compte des travaux pratiques. Il aimait également les visites d'entreprises et les rencontres conviviales entre collègues dont elles étaient l'occasion.
Par ailleurs, la commission Lagarrigue, à l'issue d'un fonctionnement officieux de 1969 à 1971, est installée solennellement le 27 mai 1971, avec pour mission de proposer des réformes pour l'enseignement des sciences physiques et de la technologie dans le secondaire. Pierre Provost fit partie des groupes de travail chargés de proposer des avant-projets de programme, et ses propositions concernant l'enseignement de la mécanique furent prises en compte. Cette commission aboutit en 1972, à la mise en place de classes expérimentales, puis de nouveaux programmes. La table à coussin d'air, pour découvrir les lois de la mécanique en mesurant et étudiant la quantité de mouvement, enthousiasma élèves et professeurs. Mais, l'accompagnement nécessaire à toute réforme, c'est-à-dire la formation permanente des maîtres et le renouvellement du matériel, n'ayant pas été à la hauteur, le découragement gagna et l'on assista à un retour au classicisme : en 1976 la Commission Lagarrigue fut dissoute par le ministre. Pierre Provost fut très amer de voir anéantis le travail de la commission et l'espoir d'un nouvel enseignement des sciences physiques et de la technologie.
Lorsque commença, en 1972, la rénovation des locaux de Sciences Physiques du Lycée Louis le Grand, Pierre Provost fut à l'origine de deux initiatives remarquables. D'une part, il prit contact avec M. Noël, architecte du lycée, qui accepta de le faire participer, avec quelques collègues, à l'élaboration des plans et à l'aménagement des futurs locaux de Sciences Physiques. D'autre part, ayant pris conscience, à l'occasion des déménagements de matériel, de l'intérêt historique présenté par de nombreux instruments devenus obsolètes, il obtint l'attribution d'un local avec vitrines, qui fut aménagé pour entreposer et présenter ces appareils. Ce local constitue désormais le Musée scientifique du Lycée Louis le Grand. Il aurait voulu que cette initiative fût répétée dans d'autres établissements, associés dans une sorte de fédération ; l'idée a germé, mais il faudra sans doute du temps pour que ce projet se réalise et atteigne un stade majeur.
Enfin Pierre Provost a consacré l'essentiel de ses années de retraite à la gestion de ce Musée, qui à l'avenir portera son nom et à la rédaction des irremplaçables notices décrivant les appareils qu'il contient. Il a également mis à profit cette période non seulement pour accomplir de nombreux voyages et pour multiplier les lectures tant scientifiques que d'actualité politique, mais aussi pour écrire deux ouvrages de réflexion sur la Physique et son importance. Le premier, publié en 2001, a pour titre La Mécanique présentée autrement, et constitue la première monographie développant des idées qui n'avaient été jusque-là présentées que dans quelques articles et conférences. Le second, publié en 2003 et intitulé Les bases de la Physique, la Physique comme base, peut être considéré comme son testament intellectuel ; l'auteur y montre en particulier comment la Physique, outre ses nombreuses applications pratiques, présente un intérêt culturel fondamental. On ne saurait donc mieux conclure cet hommage qu'en en extrayant deux citations qui résument parfaitement la pensée de Pierre Provost :
« Une bonne formation scientifique est la meilleure façon de protéger les citoyens contre les charlatans ».
« Enseigner la physique doit permettre d'apprendre à bien distinguer ce qui est science de ce qui est croyance ».
Geneviève MARTIN et Jacques BOUTIGNY
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